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Dissection d'un dégoût par Ariane Gagnon


À Montréal, la semaine dernière, avait lieu le lancement d’une nouvelle maison d’édition et de leur toute première parution. Il s’agit des Éditions Cervidae (pour lesquelles j’écris occasionnellement des articles en ligne) et du recueil de poésie Dissection d’un dégoût écrit par Ariane Gagnon. J’ai eu le bonheur d’être l’une des premières lectrices de ce petit ouvrage, ma foi très bien fait autant par son contenu que par sa forme.

D’abord, le graphisme est impeccable. La page couverture arbore une œuvre colorée à l’aquarelle, mais le reste de la mise en forme est épurée, simple. La composition est donc très bien équilibrée. Le choix du papier et de la police de caractère montre un souci du détail et de qualité de l’éditeur. Je m’en avoue fort impressionnée!

Dissection d’un dégoût, en termes de contenu, nous présente un texte intimiste à la limite entre la prose et la poésie. On suit un personnage féminin fort qui rompt avec son copain, qui quitte Montréal et qui se retrouve en banlieue. On sent simultanément l’amour et le dégoût de la ville. La protagoniste n’adhère pas aux normes sociétales, elle les critique, les conteste, mais se complait parfois dans la routine, dans le confort. Sans ponctuation, cet ouvrage dispose de son message en un seul souffle.

À la fois touchant et personnel, Dissection d’un dégoût a su me rejoindre par plusieurs de ses réflexions et critiques sur le monde actuel. La plume d’Ariane Gagnon ne nous apparaît définitivement pas comme novice. Elle est juste, riche et très poétique.  

Cette auteure comme les éditions qui publient ses œuvres sont à suivre de très près! À lire!

Dissection d’un dégoût
Ariane Gagnon
Éditions Cervidae (2018)
82 pages

Mes articles en ligne pour les Éditions Cervidae
L’importance d’un visuel attrayant
Du contrat à la révision : des étapes à ne pas négliger
De la réception à la sélection du manuscrit : dans les coulisses du processus éditorial
Vers une écriture inclusive

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La ferme des animaux de George Orwell

George Orwell n’est nulle autre qu’une figure d’importance en ce qui concerne la littérature engagée socialement. On le sait, par son imposant 1984, toujours autant d’actualité (et même plus!) que lors de sa toute première parution, Orwell déconstruit notre perception de la société dans laquelle on s’immisce pour nous en faire voir sa vraie nature, ses conséquences parfois désastreuses. Cet écrivain prisé a su habilement jouer avec mon esprit notamment lors de la lecture de La ferme des animaux, paru en 1945. Ce court texte se rapprochant, à mon avis, de la nouvelle, mélange une panoplie d’effets de style (dont la personnification et l’analogie) pour passer un message fort : la notion d’égalité chez l’homme.

La ferme des animaux commence alors qu’un groupe d’animaux habitant tous sur La ferme du Manoir se révolte contre celui qui la possède, Mr. Jones. Ils ne souhaitent plus être asservis à ce régime de terreur où les animaux sont exécutés, maltraités et exploités par des hommes se croyant supérieurs. C’est ainsi que, sous le chant de Bêtes d’Angleterre, la petite cohorte de cochons, chevaux, vaches, lapins, poules et rats se soulèvent et renversent l’autorité. Ils se voient désormais libres; le territoire de la ferme leur appartenant maintenant. Jusque-là, la révolution va bon train, des commandements sont établis (ex : Quatre pattes, oui. Deux pattes, non) et respectés. Pendant un certain moment, une forme d’anarchie douce, sans violence, règne sur le pâturage. Or, comme on peut s’y attendre dans de telles circonstances, un groupe plus instruit, plus brillant que le reste des bêtes prend peu à peu le pouvoir, contournant les règles subtilement pour finir par acquérir un total contrôle de leurs concitoyens, esclaves en devenir. La célèbre citation tirée de ce roman représente à merveille l’ensemble de l’œuvre, ce qu’elle tend à exprimer:

Tous les animaux sont égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres. p. 144

Les résidents de La ferme des animaux, sans grande surprise, se prennent à envier le passé tel qu’il était du temps de Jones. Orwell a la plume plutôt pessimiste, c’est vrai. Il nous montre que quoi que l’on fasse, l’égalité entre hommes (ou bêtes) doués de raison est impossible. Que celle-ci mènera toujours involontairement à une situation de pouvoir et de faiblesse entre les individus.

Ce livre porte définitivement son lecteur à réfléchir. Il nous fait remettre en question nos valeurs et notre perception de la société. Naissons-nous réellement tous égaux ? Bien-sûr que non. Nos prédispositions sociales entrent en jeu (race, pays d'origine, handicaps, etc.). En ce qui concerne le style, j’ai trouvé qu’il y avait dans la façon d’écrire d’Orwell une ressemblance assez marquée avec celle de Steinbeck (un de mes auteurs favoris). Je recommanderais cet ouvrage aux amateurs de classiques comme à ceux qui se cherchent un livre instructif, mais plaisant à lire.

La ferme des animaux
George Orwell
Folio (1945)
151 pages
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L'arrache-coeur de Boris Vian
Originellement publié en 1953, L’Arrache-cœur de Boris Vian était nettement à l’avance sur son temps. Dans un style qui lui est propre, Vian nous raconte l’histoire de Jacquemort, un jeune psychanalyste qui se retrouve bien malgré lui dans un petit village dont les pratiques de ses habitants sont plutôt hasardeuses. Ceux-ci organisent notamment une foire aux vieux régulièrement. Cela consiste principalement à vendre à l’encan des personnes âgées dans le but de les martyriser. Aussi, d’une façon ou d’une autre, les enfants savent voler. Quant à lui, La Gloire, a comme mission d’assimiler toute la honte de la communauté, c’est son emploi et il gagne gros. Bref, l’irrationnel y est plus que présent si vous voulez mon avis.

Jacquemort tente de se trouver quelqu’un à psychanalyser or cette pratique est assez mal vue par le reste du monde. Entre temps, ce dernier habite chez Angel et Clémentine, de récents parents de triplets. En fait, il s’agit plutôt de deux jumeaux, Joël et Noël, et d’un autre complètement différent, Citroën. Complétement dévastée par son accouchement ainsi que par la douleur qu’elle a vécu, Clémentine en veut à son mari. Elle lui ordonne de rester loin des petits, elle ne souhaite plus aucun contact avec lui. Angel finit donc par partir. Clémentine, de son côté, se referme de plus bel sur ses chéris qu’elle ne peut plus quitter une seconde.

L’Arrache-cœur, c’est une profonde critique sociale. On y aborde de nombreux thèmes tels que la famille, l’enfance, la liberté, la communauté et même l’         Église. Par sa pratique de la psychanalyse, Jacquemort va complètement à l’encontre du catholicisme. Celui-ci se dit athée, mais sa croyance en cette médecine démontre qu’une certaine forme de religion l’emplit. La relation malsaine qu’entretient Clémentine face à ses enfants vient, quant à elle, reconsidérer le rôle de la mère au sein du nid familial. Couver trop sa progéniture, c’est de l’empêcher d’apprendre à voler de ses propres ailes.

Boris Vian a le don de décrire l’enfance dans toute sa beauté et dans toute sa laideur.  Il dévie du monde logique, constant, prédictible. Chaque phrase nous frappe par sa franchise et nous déstabilise. L’enfance est une période parfois bien étrange et de l’exprimer par des mots est un défi de taille.

Cette œuvre est la deuxième que je lis de cet auteur après L’écume des jours. Bien que cette dernière m’ait plu davantage, L’Arrache-cœur reste une lecture percutante, différente et dont le style est unique.

L’Arrache-cœur
Boris Vian
Le livre de poche (1953)
201 pages

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L'auteure


Megan Deslongchamps est étudiante en Langue française et rédaction professionnelle à l'Université Laval et vise une carrière dans le milieu rédactionnel. Blogueuse depuis plusieurs années et véritable passionnée des mots comme des livres, elle est présentement employée dans les Bibliothèques de Québec. Laissez-vous transporter dans son univers littéraire! Bonne visite!

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