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La Page Ouverte

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Sauver des vies de Pascale Renaud-Hébert


Le mois dernier, mon copain et moi avons eu l'occasion d'assister à l'une des représentations de la pièce Sauver des vies au Théâtre de la Bordée qui se déroulait à Québec du 26 février au 23 mars 2019. Mise en scène et écrite par la jeune Pascale Renaud-Hébert, cette pièce à la fois dramatique et incroyablement drôle nous définitivement charmée.  

Sauver des vies présente deux récits simultanément; celui de Murielle et celui de Maude. Murielle est mère de deux adolescents en route vers l'âge adulte. Philippe ou plutôt philou est assez rebelle et introverti. Il vit toujours chez ses parents, tandis que son frère Simon a quitté la maison depuis quelques années pour aller étudier au cégep dans le but de devenir médecin. Maude, quant à elle, a la mi-vingtaine. Lors d'un voyage en Europe, elle rencontre Etienne dans un bar et petit à petit ils tombent amoureux l'un de l'autre.

Ces deux femmes, elles ont le cancer.

Murielle se bat depuis plus de trois ans, mais le cache à ses enfants du mieux qu'elle le peut ne souhaitant pas être un fardeau. Maude, lorsqu'elle réalise que ce qu'elle croyait être une mononucléose est en réalité un cancer, refuse de faire de la chimiothérapie, de finir sa vie sur une note triste et dans un état pitoyable. Il va sans dire, cette situation difficile amène des frictions familiales et conjugales importantes.

Sauver des vies n'est pas une pièce dramatique de A à Z qui vous laissera brisé en sortant de la salle. En fait, une grande partie des dialogues est tout simplement hilarante. Je pense notamment à la scène où, à l'hôpital, les destins de tous les personnages se croisent et où Etienne, Jean, Philippe et Simon tentent de faire sortir un sac de chips coincé dans une machine distributrice. On sent toute leur rage et leur désespoir se déverser dans une situation complètement absurde. Tout ça, pour que Maude puisse manger des Doritos (ses chips préférées) pour la dernière fois.

Pour ceux qui n'auraient pas eu la chance d'assister à ce spectacle, je vous invite fortement, si vous aimez le théâtre, à lire la pièce homonyme récemment parue chez L'Instant même. Un beau moment garanti. 

Sauver des vies
Pascale Renaud-Hébert
L'instant même (2019)
83 pages
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Camarade, ferme ton poste de Bernard Émond
Bernard Émond est un québécois né en plein cœur du XXe siècle qui a fait des études en anthropologie suivi d'un mémoire de maîtrise à propos du cinéma ethnographique. Il est notamment le réalisateur de quelques documentaires. Camarade, ferme ton poste est un recueil d'une dizaine de ses textes et discours publiés respectivement dans des revues ou présentés lors de conférences. 

Très variés, ces courts écrits abordent la crise culturelle en vigueur actuellement au Québec, remettent en question notre rapport à l'autorité et soulevent l'importance d'une société qui ferme son poste au profit, peut-être, d'une instruction plus classique. Assez tranchant dans ses propos, Émond laisse place au dialogue, à la réflexion et à la reconsidération de ses propres idéaux. 

Dans le magnifique texte Entrer dans une église, l'auteur, dans un style très imagé, porte une attention particulière au silence qui règne dans une église, au certain respect qui lui est dévolu, et ce, que l'on soit croyant ou non:

« C'est que le silence d'une église n'est pas n'importe quel silence. Quelque chose l'habite. Nous sentons que ce ''quelque chose'' nous touche. (...) Le silence d'une église est plein d'une sorte de présence. Présence du divin, peut-être. Présence en tout cas, rémanence ou parfum si on veut, de la foi et des prières des générations qui se sont succédé sur ses bancs. » p.48-49

Notre société, qu'on le veuille ou non, s'est développée dans un contexte très religieux où l'église (en tant que lieu et en tant que groupe) occupait une grande partie de la vie de nos ancêtres. L'auteur nous rappelle de ne pas rejeter ce bagage, ce passé qui a été à l'origine de ce que nous sommes devenus aujourd'hui. Je pense d'ailleurs que c'est le message principal que visait à partager Bernard Émond: continuons d'apprécier le monde d'hier, sa littérature, ses pratiques, sa culture. 

Un ensemble de textes difficiles à décrire, mais qui ne vous laissera pas dans le néant, voire qui apportera quelques pistes de réponse au malaise généralisé face à la société dans laquelle nous évoluons présentement.

Camarade, ferme ton poste
Bernard Émond
Lux Éditeur (2017)
156 pages
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Sauvage, Baby de Patrice Godin
Le mois d’octobre a toujours été pour moi une période réservée aux lectures frissonnantes, aux romans de suspense, d’horreur et de décadence. J’aime profiter des temps froids et de la pluie pour m’isoler à la maison, prendre une bonne grosse tasse de café brûlant et lire jusqu’à ce mes yeux me l’interdisent. Cette année, j’ai commencé par m’armée de Sauvage, Baby, la nouvelle parution de Patrice Godin chez les éditions Libre Expression, qui, à ma grande surprise, m’a fait vivre bon nombre d’émotions fortes.

Sauvage, Baby commence fort. Alexia, le personnage principal, est assise dans l’auto de Frank, son copain/proxénète, et profite d’un barrage routier sur l’autoroute pour se lancer hors du véhicule en mouvement. S’enfuir, tel est son unique but. Rompre tout contact avec cet homme dont elle ne peut plus tolérer la présence. Blessée, elle erre dans la forêt avoisinante pour une bonne partie de la nuit. Alexia n’a qu’une idée en tête : ne pas être retrouvée de Frank. Elle court, malgré ses contusions, s’épuise et perd presque espoir. C’est alors qu’elle distingue les phares lumineux d’une voiture, qu’un inconnu sort du véhicule, s’approche et qu’elle s’évanouit dans ses bras. Cet inconnu, c’est Sam, un vétéran des Forces armées canadiennes. À partir de là, il l’accueillera chez lui, en prendra soin et apprendra à la connaître en déterrant petit à petit son passé semé d’embuches. Or, une question reste: Frank reviendra-t-il hanté le nid qu’ils se sont créés? Dans un état de stress constant, le duo fera de son mieux pour l’en éloigner, pour garder Alexia hors de sa portée.

Ce roman nous tient en haleine du début à la fin. Impossible de s’arrêter avant d’avoir tourné la dernière page. Abordant des thématiques diverses : boxe, guerre, prostitution, orientation et identité sexuelle, etc., ce livre forme pourtant un tout fort cohérent.  Sans en révéler trop sur les péripéties du récit, j’ai trouvé qu’il était intéressant d’amener le sujet de la diversité sexuelle, mêlée à la question de la prostitution, dans Sauvage, Baby. Peu à peu, Godin y déconstruit les préjugés qui, trop souvent, y sont rattachés et nous amène à réfléchir sur la question.

Un très bel ouvrage qui ne vous décevra certainement pas. Patrice Godin est un auteur à lire et à découvrir!

Sauvage, Baby
Patrice Godin
Libre Expression (2018)
262 pages
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Saints-Damnés par Marie-Laurence Trépanier

Soyons honnêtes :  il est assez rare, au cours d’une vie, d’avoir l’occasion de connaître l’auteur du roman que nous sommes en train de lire. C’est un phénomène peu fréquent, engendrant un sentiment de nervosité, et chez l’écrivain et chez son lecteur, qui peut mener à d’incroyables découvertes comme à de piètres déceptions. Vous me voyez venir : une collègue à la bibliothèque vient de publier un roman nommé Saints-Damnés et pas chez n’importe quelle maison d’édition, chez Boréal. Oui, oui, cette même maison qui édite notre cher Dany Laferrière et ce prolifique Robert Lalonde! J’avoue avoir été agréablement surprise d’en recevoir une copie de presse et de le voir apparaître un beau matin dans ma boîte aux lettres. À la fois anxieuse et intimidée à l’idée de me retrouver dans la tête, dans le génie, d’une collègue de travail, je me suis lancée, sans trop hésiter, dans cette lecture à l’apparence de conte…

 Saints-Damnés met de l’avant l’histoire de Millie et de Pa, son père adoptif, l’ayant retrouvé un beau jour dans les bois et l’ayant accueilli chez lui. Pa, dont on distingue un comportement plus ou moins mature, élève Millie comme sa fille. Or Ma, sa conjointe à l’époque, ne tolère pas la petite. Elle tente même, un jour, de l’abandonner en forêt, sans succès. Sur un coup de tête, Ma s’enfuit, laissant la petite aux mains d’un Pa désemparé. Les années filent et Millie grandit pour devenir une femme fatale, sensuelle, attirante, bref aimée de tous les hommes. Elle fréquente les jeunes de son quartier, sans vraiment appartenir à un groupe. Millie préfère se taire, observer, répéter. Sa beauté éblouit tout le monde, même sa personnalité. Un jour, elle disparaît. Une alerte est lancée, des voisins sont interrogés : aucune trace de la jeune fille. Pa est démoli, il peine à surmonter l'épreuve...

En tant que lecteur, rien ne nous suggère que Saints-Damnés est le premier roman de Marie-Laurence Trépanier. Le style est ficelé, les mots; bien choisis. L’ensemble se lit d’un seul souffle. Même si l’éditeur le présente comme un conte, ce roman, ma foi, touche plutôt le policier voire l’horreur. Certaines scènes sont très graphiques, sexuelles et dérangeantes. Cela apporte au récit, le rend encore plus troublant et crée beaucoup de tension narrative. Or, il m’est arrivé, particulièrement vers la fin de l’œuvre, de me demander vers où l’auteure allait nous mener. S’il y allait avoir une « raison » pour ces actes de sauvagerie, de viol, etc. À ce propos, je dirais que le mystère est plutôt bien gardé, la fin, plus ou moins accessible.

J’ai fortement aimé découvrir l’imaginaire de Marie-Laurence, sa créativité. Je recommanderais Saints-Damnés à tous les amateurs de suspenses et de policiers.

Saints-Damnés
Marie-Laurence Trépanier
Boréal (2018)
216 pages
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Plomb de Félix Villeneuve

Parallèlement à la reprise des cours et à un nouveau défi pour moi : l’université, j’ai lu quelques œuvres reçues dans le cadre de la rentrée littéraire 2018. Je ne suis pas du genre à attendre patiemment les nouvelles parutions de mes auteurs favoris, mais j’apprécie toujours découvrir des œuvres récentes à cette période de l'année. Ce vendredi, colis surprise, le tout mignon Plomb, premier roman de Félix Villeneuve, a fait son chemin jusqu’à moi. Nous sommes dimanche soir et je viens à l’instant d’en parcourir les dernières lignes.

Je vais vous le dire tout de suite : Plomb, c’est très bon. Sans grande prétention, ce court roman de quelques centaines de pages nous tient d’haleine du début à la fin, joue avec notre tête et ne nous laisse PAS sur notre faim. C’est un peu étrange, mais c’est bien fait, vraiment. On y découvre le récit d’un certain Carl Hubert, Icare, de son vrai nom qu’il a pourtant décidé de renier. Carl nous apparaît d’abord comme un homme marginal, légèrement compulsif et passionné (un peu trop) d’une certaine M.A. Myriam Aaron pour les gens normaux. Au début, son obsession pour l’actrice nous semble plutôt banale; il la préfère à sa conjointe de longue date, collectionne les magazines dans lesquels on la retrouve, etc. Or, après lui avoir envoyé des lettres par le biais du fan mail, Carl, sur un coup de tête, décide de prendre un vol pour L.A. et de la rejoindre. Son but : lui parler, la marier, qu’elle tombe folle amoureuse de lui.

Le narrateur, à la fois personnage principal, est bizarre. Il oscille entre lucidité et hallucinations, se mettant à voir M.A. partout. On lui fait confiance en tant que guide du récit, mais il est très instable, très peu fiable. L’œuvre nous le fait prendre en pitié quelque fois et nous le fait détester à d’autres moments. On le comprend, son périple à Los Angeles ne se passera pas du tout comme prévu. Les embrouilles s’accumuleront et Carl se détériorera.

J’ai tout aimé de cette histoire originale dont la plume de l’auteur enrichissait fortement l’intrigue. Je prédis à Félix Villeneuve un avenir prometteur dans le domaine de la littérature! Pour tous les esprits tordus! À découvrir!

Plomb
Félix Villeneuve
Éditions Stanké (2018)
200 pages

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Décortiquer la poésie québécoise / Lettres québécoises

Chaque nouvelle parution du magazine littéraire LQ - Lettres québécoises engendre chez moi un réel engouement, génère l’impatience d’avoir enfin l’honneur de la tenir entre mes mains et d’en parcourir le riche contenu. La semaine dernière, le tant désiré colis s’est enfin pointé le bout du nez dans la boîte aux lettres de mon nouvel appartement!

L’après-midi suivant, je me suis bien installée dans mon douillet fauteuil de lecture et j’ai dévoré autant le dossier du mois, soit Décortiquer la poésie québécoise que les critiques de plusieurs romans qui me tombent dans l’œil depuis quelques temps (voir : Un livre sur Mélanie Cabay de François Blais et Bon chien de Sarah Desrosiers). J’aime non seulement l’honnêteté de leurs avis littéraires (système de cotation étoilée), mais aussi la qualité de celles-ci. Même les critiques sont travaillées; les mots sont bien choisis, l’ensemble est cohérant et relève d’une réelle lecture compréhension de l’œuvre abordée. Dans un monde où tout est fait à la va-vite et où l’information de bonne comme de mauvaise qualité circule abondamment, LQ propose un contenu actuel ET de qualité.

Véritable objet littéraire, ce magazine à la fois informatif et divertissant vous tient à jour en ce qui concerne le monde du livre et ses enjeux. Le dossier à propos de la poésie dans ce 170e numéro visait principalement à nous montrer l’importance et la présence de ce genre littéraire au sein d’une société qui valorise beaucoup plus le contenu pragmatique.

Une revue qui conviendra à tous les amoureux de lecture!

Décortiquer la poésie québécoise
Lettres québécoises (été 2018)
No. 170
88 pages
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Il n'y a pas d'erreur: je suis ici d'Éléonore Létourneau

Il n’y a pas d’erreur : je suis ici est le nouveau roman d’Éléonore Létourneau publié en février dernier aux éditions XYZ. Il s’agissait de ma toute première rencontre avec l’auteure qui a pourtant écrit deux autres romans au cours des années passées, soit Les choses immuables (2016) (qui fut très bien accueilli par la critique) et Notre duplex (2014). Une jeune écrivaine dont l’avenir est certainement prometteur!

Cette œuvre raconte le voyage à Venise d’un homme ayant tout juste atteint la cinquantaine. Dès son enfance, il est conditionné à vivre dans les valises, à faire de sa jeunesse un long voyage sans jamais vraiment s’amarrer quelque part. D’une mère agente de l’air et d’un père architecte à l’international, il apprend très vite à se débrouiller seul, à ne se fier qu’à lui-même. Lui-même fait des études en architecture, mais décide de se concentrer sur le design, sur la conception d’objets pratiques, esthétiques. Vivant de ses multiples succès, l’homme concentre ses efforts sur sa propre carrière, sur ses réalisations personnelles et met de côté tous ceux qui semblent y contrevenir. À vrai dire, ce n’est pas sa première visite à Venise. Non, une femme l’y attend. Une femme qu'il a, comme les autres, abandonnée. Une femme qui vit désormais très bien seule et qui est incroyablement surprise de le revoir. Or, leurs retrouvailles, bien qu’assez ternes, sont rapidement aspirées par la condition particulière du quinquagénaire : il est atteint de sclérose latérale amyotrophique. D'ailleurs es symptômes apparaissent et se développent pendant son voyage. Cette maladie dégénérative fait en sorte que le corps se paralyse, mais que l'esprit reste pleinement conscient. Celle-ci le mène tranquillement, mais surement à la mort.

La première partie du récit ne nous prépare pas à tout ce flot d’émotions, de réflexions philosophiques, de pensées sur la mort, etc. On y plonge sans trop s’en rendre compte, avec une impression de légèreté menée par les beaux paysages de Venise, mais, en réalité, cet ouvrage vient nous noircir à petit feu.

J’ai bien aimé ma lecture de ce roman très bien écrit. J’ai toutefois trouvé qu’il y avait certaines longueurs dans l’action. Les descriptions étaient parfois longues pour le peu d’événements qu’on y retrouvait. Par contre, le récit en soi visait, selon moi, à nous faire ressentir l’attente de la mort du protagoniste, l’arrêt du temps face à son destin fatal, ce que je peux comprendre. Le souci du message est bien présent et très fort. J’en suis ressortie éveillée, un peu secouée à vrai dire, mais j’ai beaucoup aimé. Pour une lecture riche en émotions, Il n’y a pas d’erreur : je suis ici, saura vous combler.

Il n’y a pas d’erreur : je suis ici
Éléonore Létourneau
XYZ éditions (2018)

156 pages
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Un roman court, pourtant si dense et percutant; c’est exactement ce que fut pour moi Le coureur de froid de Jean Désy lorsque j’eus l’honneur d’en faire la lecture. Tout récemment réédité en format poche chez Bibliothèque Québécoise, cette œuvre met de l’avant le récit d’un médecin du sud parti vivre au cœur du véritable hiver canadien, au Nunavut. Là-bas, il rencontre une femme nommée Éva.  Leur amour est intense, vif, mais trop précipité. Vivant d’abord d’amour, de pêche, de chasse et d’air frais, Julien réalise peu à peu qu’il lui manque quelque chose : sa fille Marie. Elle vit dans le Sud, près de sa mère. Il regrette de l’avoir abandonnée là-bas et désire la retrouver, la serrer de nouveau dans ses bras.

Julien s’engage donc dans un périple long et ardu. À la motoneige, il souhaite redescendre vers le Sud. Sans assez de provisions et d’équipement, la tâche se fait dure et les embuches nombreuses. Le froid et le brouillard ne lui laissent aucune chance et vivre devient un combat à gagner tous les jours. L’œuvre contient des passages très philosophiques faisant appel au rêve, à la métaphore et au laisser-aller. La vie, la mort, Julien en explorera les confins tout au long de son voyage.

Un roman, bien que court, que je ne qualifierais pas de léger. Chargé de sens, Le coureur de froid vous transportera, tout comme son personnage principal, au cœur de votre âme et de vos croyances. Drôlement, ce texte m’en a rappelé plusieurs : Hivernages de Maude Deschênes-Pradet et Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba. Trois œuvres abordant le froid, l’hiver et la neige, trois œuvres publiées chez XYZ à l’origine. Chaque fois, j’ai adoré. Il y a quelque chose dans le fait d’habiter un pays nordique qui vous lie à l’hiver d’une façon particulière. J’avoue, toutefois, l’apprécier beaucoup plus à l’écrit!

Le coureur de froid
Jean Désy
Bibliothèque Québécoise (réédition 2018)
104 pages
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Encabanée de Gabrielle Filteau-Chiba

Pour un premier roman, je lève mon chapeau à Gabrielle Filteau-Chiba et sa toute nouvelle œuvre Encabanée. À paraître dès demain aux éditions XYZ, ce court récit d’à peine une centaine de pages vous fera vivre toute une expérience qui vous mènera peut-être à apprécier un petit peu plus notre dur hiver Québécois.

Encabanée, c’est le récit d’Anouk, une jeune femme de Montréal, qui décide sur un coup de tête de quitter la civilisation afin de rejoindre le petit village de Kamouraska. Accompagnée des romans d’Anne Hébert et de plusieurs auteurs de terroir, Anouk emménage dans une simple cabane au bord de l’eau, prête à affronter la saison glaciale qui l’attend. À travers les pages d’un journal personnel parsemé d’esquisses ici et là, cette dernière nous fait part de ses peurs, de ses inquiétudes et du déroulement de ses journées. Par exemple, aller couper du bois s’avère être une tâche beaucoup plus difficile qu’elle ne le croyait, et ce, particulièrement par temps de grand froid. Ajoutons à cela, la solitude initialement désirée par Anouk qui, petit à petit, la grugera en son for intérieur. Elle attendra donc, patiemment, un homme, son sauveur, un corps chaud à aimer.

L’œuvre de Gabriele Filteau-Chiba est très poétique. On le ressent par la tonalité de ses phrases, par leur rythme soutenu et par leur agencement réfléchi. La première partie du roman a d’ailleurs été ma préférée, celle qui m'a le plus touchée par son aspect très lyrique. Également, l’idée de carnet d’écrivain, de support personnel, m’a charmée. Dans le cas d’un récit introspectif comme celui-ci, je ne crois pas que j’aurais autant apprécié une narration omnisciente. En effet, nous avions la chance d’avoir accès aux pensées du personnage, à ses réflexions sur la vie et sur sa condition.

Le seul aspect m’ayant légèrement déçue fut la fin. Je ne m’attendais pas à autant d’engagement social de la part de l’auteure. À mon avis, cette notion est apparue trop tard dans l’histoire pour avoir le temps de tisser sa place dans notre esprit. Or, cela n’a absolument rien enlevé au plaisir ressenti lors de cette lecture on ne peut plus magnifique autant par la plume de Gabrielle Filteau-Chiba que par le contenu assez original.

☆☆☆☆
Encabanée
Gabrielle Filteau-Chiba
XYZ éditions (2018)
100 pages
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Le niveau baisse! par Benoît Melançon

La question de la langue au Québec ne date pas d’hier. Il n’est pas rare d’entendre dire des Québécois que l’on parle mal, que l’on utilise beaucoup (trop) d’anglicismes et que notre français n’est en réalité « pas du vrai français ». Or, ces idées reçues sont elles bien fondées ou agissent-elles plutôt comme de vieilles rengaines empêchant le peuple québécois d’être enfin fier de sa langue ? Dans son essai Le niveau baisse! (et autres idées reçues sur la langue) paru en 2015 aux éditions DelBusso, Benoît Melançon fait la part des choses.

En effet, l’auteur soulève un à un les préjugés les plus connus entourant le parler québécois dans le but de mieux les démystifier par la suite. On y aborde notamment la fameuse question du franglais, la préconception qui nous pousse à croire que tous les mots se trouvent dans le dictionnaire et, bien sûr, l’idée que les jeunes d’aujourd’hui parlent moins bien qu’« avant », cette période mystérieuse à laquelle tout le monde se réfère depuis toujours.

 Il va sans dire, cet essai m’a fortement rappelé une de mes lectures récentes : La langue affranchie d’Anne-Marie Beaudoin-Bégin. Dans les deux cas, on y dénonce les fausses croyances en ce qui a trait à la langue au Québec.  Un peu moins narratif que La langue affranchie, Le niveau baisse! offre plutôt des notions socio-historiques ayant amené certains à croire ces préjugés. Toutefois, dans les deux cas, on décèle de la part des auteurs un immense amour pour la langue française québécoise.

Et vous, Québécois ou pas, que pensez-vous de l’état de la langue aujourd'hui?

Le niveau baisse (et autres idées reçues sur la langue)
Benoît Melançon
DelBusso Éditeur (2015)
118 pages
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Ici, ailleurs de Matthieu Simard est un très court roman dans lequel on suit le parcours du couple de Marie et de Simon. Récemment déménagés jusqu’à un village au milieu de la forêt afin de fuir le monde urbain, les deux jeunes adultes visent à se recréer, à réapprendre à s’aimer. Quelque chose s’est brisé. Mais quoi ? En tant que lecteur, on ne le sait pas encore. Tout ce que l’on sait jusqu’à présent, c’est que le récit se terminera sur un meurtre suivi d’un suicide. Intriguant.
 
Les gens du village sont plutôt froids et distants. Ils n’aiment pas les nouveaux arrivants. Depuis la fermeture d’une certaine usine et l’implantation d’une antenne au cœur même de la forêt, tout a changé selon plusieurs témoignages. Simon, piqué de curiosité, se dit qu’il souhaite voir cette dernière de ses propres yeux, constater qu’elle n’a rien de spécial et qu’il vit bel et bien dans un monde rempli de fous. Toutefois, rendu face à cette imposante structure métallique, il réalise que le mystère à son sujet est peut-être justifié… Incapable d’en parler à sa conjointe, Simon croit bon de garder pour lui l'expérience étrange qu'il vient de vivre.
 
Marie, de son côté, ment également à son amoureux. Elle visite Fisher, un homme qui l’a embrassé devant les yeux de Simon lors de leur première soirée ici. Les mensonges sont devenus courants au sein de leur niz familial, ils le savent et en souffrent ensemble. Qu’est-ce qui les a amenés ici ? Pourquoi se sentent-ils moins seuls au village que dans une grande ville bondée de monde indifférent ? Petit à petit, on saute dans le passé, dans l’histoire de ce couple et nous aussi, on comprend. Leur désir d’être ensemble, de surmonter la peine est plus fort que tout, mais jusqu’à quel point ?
 
Au cours de cette lecture, je fus bien heureuse de retrouver la plume poétique de Matthieu Simard. Il y a plusieurs années, j’avais raffolé de La tendresse attendra du même auteur et j’attendais avec impatience une nouvelle parution de sa part. Je ne fus certainement pas déçue par Ici, ailleurs, un témoignage assez décalé sur la vie, la mort, l’enfance et le temps. Une œuvre assez difficile à cerner pour en faire une critique, mais valant incroyablement la peine qu’on l’ouvre et qu’on s’y perdre pour un moment. Un coup de cœur!
 
☆☆☆☆
Ici, ailleurs
Matthieu Simard
Éditions Alto (2017)
126 pages


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Dernier calepin et le petit livre bleu de Félix par Félix Leclerc

La Page Ouverte accueille un nouveau partenaire sur le blogue! Eh oui! La maison d’édition Bibliothèque Québécoise nous a gracieusement envoyé quelques-unes de ses plus récentes parutions afin que l’on vous fasse découvrir (ou redécouvrir pour certains) certaines œuvres québécoises marquantes. J’ai donc reçu trois livres dont deux rééditions des carnets de Félix Leclerc. D’ailleurs, je prends un moment afin de les remercier pour leur confiance et pour la qualité des ouvrages envoyés!

Félix Leclerc est un incontournable ici, dans la province. Son nom éveille le sourire chez certains, rappelle des souvenirs chez d’autres et dit vaguement quelque chose à plusieurs, mais tous en connaissent au moins une bribe, une parcelle. Reconnu principalement pour ses talents d’auteur-compositeur-interprète, on oublie souvent les talents littéraires de Leclerc, sa plume caractéristique et très poétique. Il y a quelques décennies, les carnets de cet écrivain étaient très populaires auprès du grand public qui les dévorait. Aujourd’hui, vaguement tombés dans l’oubli, un éditeur les remet au goût du jour et ils se retrouvent de nouveau dans nos mains.

« On souffle sur les braises et le passé renaît. »

Dans ce Dernier Calepin, Leclerc aborde plusieurs thématiques aux antipodes qui se complètent toutefois par leur arrangement, par la pensée de l’auteur. Celui-ci, fier Québécois prônant la souveraineté du Québec, mélange politique, langue française, envahisseur, guerre, mort, vie et beauté dans un seul et même ouvrage. Parfois, Leclerc façonne des récits nous rappelant drôlement les fables de La Fontaine. Les animaux ont leur mot à dire, la métaphore tisse sa place. Sans être lourde, on distingue ici une œuvre fortement engagée socialement, dénonçant certains abus, alimentant de douces révoltes. Par cet amalgame de pensées, de réflexions et de citations prises ici et là, le processus créatif du chanteur à succès se fait sentir. On navigue à même son esprit, nous donnant un accès privilégié à sa vision de la vie.

« On reconnaît un pays à ce qu’il a son dictionnaire à lui. »

Un second carnet m’attend. Il s’agit de Le petit livre bleu de Félix. J’ai bien hâte de le parcourir et de le dévorer comme le précédent. En espérant être tout autant charmée par cet homme dont j’ai désormais envie de redécouvrir ses œuvres autant littéraires que musicales.

☆☆☆☆
Dernier calepin
Félix Leclerc
Bibliothèque Québécoise (2017)
159 pages
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Le langage du cinéma narratif de H.-Paul Chevrier
Que vous soyez un étudiant en Cinéma ou comme moi, en Littérature, l’apprentissage des éléments propres à la fiction narrative est essentiel. Être en mesure de comprendre les mécanismes sous-jacents à l’élaboration d’une histoire est plus qu’utile dans le cadre de ces deux domaines artistiques dont le but est de raconter un récit, de passer un message.

Par le biais d’une réédition de l’essai très populaire de H.-Paul Chevrier Le langage du cinéma narratif aux éditions Somme toute (que je prends le temps de remercier pour l’envoi de cet ouvrage), l’auteur transmet d’importantes informations sur le domaine même du cinéma en portant  une attention bien particulière sur le résultat de certains effets de caméra, de montage, de bande sonore, etc. En effet, on constate assez vite qu’absolument rien n’est laissé au hasard et que, de nos jours, le jeu des acteurs n’est plus nécessairement le seul élément au centre de l’œuvre cinématographique.

L’ouvrage est très intéressant, notamment car celui-ci utilise fréquemment des exemples de films assez populaires pour prouver ou encore expliquer un concept. Pour les jeunes étudiants qui ont empoigné ce livre dans l’espoir d’enrichir leurs connaissances et d'améliorer leurs résultats, vous n’aurez aucune difficulté à naviguer à travers les pages de celui-ci. Les chapitres sont sous-divisés et l’ordre de lecture n’est pas tellement important, on peut donc se rendre droit au but si c’est un élément en particulier qui nous intéresse.

Si j'avais à poser un seul petit bémol à propos de cette œuvre, ce serait à propos de la fin. Le langage du cinéma narratif, jusqu’alors très objectif dans sa forme, devient, en moins de deux pages, un essai comportant une forte prise de position. Personnellement, je ne fus pas d’accord avec ce que l’auteur y énonçait, mais là n’est pas le problème : c’est plutôt le fait qu’il n’a pas du tout le temps de développer son argumentaire étant donné que l’œuvre se termine sur ces mots. J’aurais été curieuse d’en apprendre plus sur la question et même de débattre avec lui dans ma tête.

Un livre utile et qui vous amènera un peu plus de culture générale!

☆☆☆
Le langage du cinéma narratif
H.-Paul Chevrier
Somme toute (2015)
149 pages
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Hivernages de Maude Deschênes-Pradet est un roman que je n’aurais pas sélectionné moi-même. J’avoue avoir des goûts assez précis en matière de littérature et vous savez certainement que tout ce qui touche à la science-fiction n’est pas très présent sur le blogue. Donc, un beau jour, je reçois une copie de presse de cet ouvrage. La couverture m’impressionne par son style épuré. Le titre semble accrocheur. Tout va bien jusque-là. Je feuillette le livre et en profite pour lire le quatrième de couverture. Merde. Du post-apocalyptique. Je me motive finalement à enfin ouvrir Hivernages et à commencer ma lecture, retissante. Puis, je réalise peu à peu que j’étais complètement dans le champ. Cette œuvre est en fait une pure merveille, un de mes plus grands coup de cœur de l’année 2017.

Dans Hivernages, le monde n’est plus tel qu’on le connait. Depuis quelques temps, l’Hiver n’a pas redonné sa place au printemps et à l’été. Il fait froid, trop froid. Tellement, que la plupart des gens vivent sous terre, à Ville-Réal. D’autres survivent du mieux qu’ils le peuvent dehors, aux côtés des bêtes sauvages, des loups notamment. Maude Deschênes-Pradet nous glisse dans la peau de plusieurs personnages : Thalie dont la sœur jumelle Simone est congelée par le froid depuis l’Hiver, mais pourtant encore vivante; Ren, un petit garçon orphelin courageux qui décide, par exploitation, de quitter le Bunker qui l’héberge depuis son enfance; Aude, la fillette spéciale aux mains pointues et affreusement laide née dehors, dans la neige, qui entend sa mère lui parler comme si elle était encore en vie, près d’elle; Sam, le copain de sa mère vivant toujours à Ville-Réal et constatant de plus en plus son absurdité; et le Vieux sans nom habitant le 31ème appartement d’un immeuble à bureaux et n’étant pas sorti depuis plus de vingt ans.

Ce roman ne peut être expliqué judicieusement dans un article de quelques centaines de mots. Il s’agit plutôt d’une expérience, d’un cheminement que l’on fait en symbiose avec chacun de personnages qui nous sont présentés. La science-fiction est bien là, c’est certain, mais plutôt d’un point de vue métaphorique. Rien n’est vraiment impossible ou incroyable dans cet ouvrage. Au contraire : tout est tellement près de nous (de l’hiver Québécois surtout!) que l’on y plonge sans se poser de questions. J’y ai découvert la magnifique plume de Maude Deschênes-Pradet. Je fus impressionnée par la qualité, mais aussi par la fluidité de son langage (c’est quand même juste son deuxième roman!). D’ailleurs, l’ensemble m’a rappelé un coup de cœur 2016 : Toute la lumière que nous nepouvons voir d’Anthony Doerr. Le style, la structure et l’aspect « magique » étaient apportés de façon similaire. En résumé, j’ai adoré Hivernages. Ce récit finit mon année littéraire 2017 en grand et je le recommande à tout le monde! Il se lit bien et rapidement, mais vous laisse une de ces grandes empreintes sur le cœur! Joyeux Noel tout le monde!

☆☆☆☆1/2
Hivernages
Maude Deschênes-Pradet
XYZ éditions (2017)
176 pages
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Confession d'un vandale de Mitchell Gauvin

Le roman Confession d'un vandale de Mitchell Gauvin se présente comme étant l'autobiographie d'un certain Xavier Bernard, un homme rien de plus normal. Alors que ce dernier et un de ses meilleurs amis Félix tombent en panne sur le bord d'une route méconnue de l'Ontario, Xavier profite du temps d'attente avant l'arrivée de la remorqueuse pour faire lire son manuscrit à son copain. Félix interrompt sa lecture plusieurs fois, incompréhensif face aux constructions de son ami sur sa propre vie. Pourquoi écrit-il si ce n'est que dans le but de raconter de brefs moments insignifiants de sa vie? N'avons nous pas tous une histoire à écrire dans ce cas-là? Est-ce que toutes les histoires sont bonnes à raconter? Face au refus incessant de plusieurs maisons d'édition, Xavier ne comprends pas ce qui cloche dans son récit.

On a ensuite accès à l'ouvrage lui-même. Passant par sa naissance, par sa relation étrange avec ses parents, sa maison d'enfance tombant en ruine, ses relations assez malsaines avec certains de ses amis et ses aspirations futures, l'histoire de Xavier n'a rien de plus banal si on omet la façon assez déconstruite qu'il a de nous la raconter. Vers la fin de l'oeuvre, la remorqueuse arrive et Félix et Xavier se séparent. On croit à la fin du roman, mais non. Quelque chose cloche. Avec toutes ses informations en main, toutes ces petites parcelles de la vie de son ami d'enfance, Félix sent que ça ne va pas, qu'il doit agir au plus vite. La fin, perturbante dans son ensemble, se détache un peu de l'ensemble du roman. On perd la trame narrative installée jusqu'alors au profit d'événements surprenants, déstabilisants. Mais cette fin, elle nous permet de comprendre le reste du récit qui pourrait nous apparaître comme décousu, volontairement, bien-sûr.

La traduction de cette œuvre, réalisée par Julie-Jeanne Roy, est brillamment exécutée. On retrouve le langage québécois dans toute sa splendeur sans perdre le contenu et le ton original de l'auteur. Le texte est très fluide.

J'ai bien aimé la structure stylisée de Confession d'un vandale. Justifiée par l'histoire elle-même, cela apportait beaucoup d'originalité à l'oeuvre et la rendait quasiment ludique. D'ailleurs, l'humour assez noir et sarcastique des personnages était bien apprécié de mon côté. Xavier a même su me rejoindre quelques fois, par sa simplicité, par sa façon d'être bien personnelle. On s'attachait aux personnages, sauf à un certain Nick, qu'on détestait lui parce qu'il n'était qu'un jeune caïd en quête de pouvoir. Bref, en tout et pour tout, ce roman m'a fait passer un très intéressant moment de lecture. J'ai bien aimé parcourir les pages de cet ouvrage assez marginal par sa forme.

Pour une lecture légère, mais bien construite, Confession d'un vandale saura vous satisfaire aisément!

☆☆☆
Confession d'un vandale
Mitchell Gauvin
XYZ éditeur (2017)
236 pages

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La langue affranchie d'Anne-Marie Beaudoin-Bégin
Après une courte absence d’une semaine sur le blogue, je vous reviens en force avec la critique d’une de mes lectures les plus récentes : La langue affranchie d’Anne-Marie Beaudoin-Bégin. Il s’agit d’un essai portant sur l’évolution linguistique au Québec. Les éditions Somme tout ont d’ailleurs eu la gentillesse de m’offrir l’exemplaire que je commenterai aujourd’hui.

La langue affranchie est l’œuvre d’une linguiste épatante actuellement enseignante à l’université. Dans cet ouvrage qui suit La langue rapaillée, Anne-Marie Beaudoin-Bégin expose les particularités du français québécois, ses variations et, bien sûr, la constante crainte, voire le mépris, qui habite les Québécois et les Québécoises au quotidien face à cette dernière. Elle propose quelques solutions, mais son argumentaire nous dirige plutôt vers des réflexions sur le sujet de la langue en Amérique du Nord et sur le français, plus particulièrement. Pour elle, l’anglais n’est pas une menace et ne devrait pas être considéré comme tel. En effet, tout réside dans l’attitude et dans le regard que nous portons sur notre situation actuelle. Notre fierté l’emportera sur ce que les autorités langagières considèrent comme des erreurs de linguistique et nous ne redouterons plus d’utiliser la langue français comme bon nous semble et dans le but de la rendre adaptée à notre mode de vie.

Dans son essai complet, documenté et très bien peaufiné, Anne-Marie Beaudoin-Bégin parvient à nous engager dans le mouvement, dans la « mutation » comme dirait Baricco dans Les barbares, et à nous donner envie de défendre notre langue nationale comme il se doit.

Récemment, après avoir lu bon nombre d’excellents essais québécois, j’ai réalisé que le genre me plaisait énormément. On retrouve une richesse impressionnante chez les essayistes québécois, notamment dans le choix des sujets à traiter et dans leur façon stylisée d’aborder certaines problématiques profondément actuelles.

Bref, La langue affranchie fut une lecture à la fois instructive et libératrice. Je recommande ce bouquin à tous les passionnés de la langue française et du Québec.

☆☆☆☆
La langue affranchie
Anne-Marie Beaudoin-Bégin
Somme toute (2017)
122 pages

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Maître Glockenspiel de Philippe Meilleur
En tant que blogueuse littéraire, j’ai très souvent l’occasion de lire les premiers romans d’auteurs jusqu’alors méconnus. Assez indulgente dans mes commentaires, je sais reconnaître les erreurs de débutant et faire la part des choses. Si le contenu est bon, mais que le style pourrait être retravaillé, l’avenir de l’écrivain en question me semble prometteur et j’appuie mes idées en conséquence. Or au contraire, en plus d’être plutôt rare, un jeune auteur dont la langue est irréprochable, mais dont le récit est fort peu intéressant démontre selon moi une démarche plus scolaire qu’artistique. Bref, les premiers ouvrages publiés sont rarement parfaits. Toutefois, quelques perles existent. Je vous en présente une aujourd’hui.

Maître Glockenspiel est le premier roman de Philippe Meilleur. Gagnant du prix Robert-Cliche, cette œuvre dystopique nous transporte au cœur d’une société pas si invraisemblable que ça. Certes, l’humour sans équivoque de Meilleur rend le tout assez léger et parfois même rigolo, mais on ne perd jamais la notion de critique sociale centrale dans le récit. Dans Maître Glockenspiel, les points de vue sont multiples : on suit un ouvrier dont la tâche consiste à se faire presser afin d’extraire de son corps de la sueur servant à faire des cubes de richesse, également, on suit, bien-sûr, Maître Glockenspiel, un empereur insensible à la souffrance de son peuple et chérissant l’entretien de sa collection de bombes atomiques et pour finir, on suit une jeune soldate rebelle décidant, bien malgré elle, de sauver la vie d’un ennemi. La société est présentée sous toutes ses facettes et sous tous ses enjeux. Ces personnages en apparence disparates finissent par converger vers un même point : celui de la cassure, de l’effondrement du système en place.

La science-fiction n’est pas exactement le genre de lecture que je préfère. Or je vous mentirais si je vous disais que Maître Glockenspiel ne m’a pas plu. J’ai adoré. Les grands principes cachés derrière ce récit simple et touchant (dont la langue ET le contenu sont brillement maîtrisés) ont su créer en moi une grande réflexion. J’y ai, d’ailleurs, retrouvé quelque ressemblance avec 1984 de Georges Orwell. Comme quoi, on ne doit pas juger un livre par son auteur (expérimenté ou pas!) ni par son genre! Merci à VLB éditeur et au Groupe Librex!

☆☆☆☆
Maître Glockenspiel
Philippe Meilleur
Vlb éditeur (2017)
176 pages
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La poudre aux yeux de Joseph Elfassi
Encore et encore. Je réécris perpétuellement le début de cet article sur le tout nouveau roman de Joseph Elfassi, La poudre aux yeux. Pourquoi ? Parce que je ne sais vraiment pas par où commencer ou plutôt, par quoi commencer. L’œuvre de ce journaliste diplômé de l’UQAM est fragmentaire, mais son histoire est cohérente voire linéaire dans certains passages. Publié chez Stanké tout récemment,  j’ai eu l’incroyable chance de le lire avant sa sortie en librairie.

La poudre aux yeux commence de façon plutôt brusque. Raphael Cohen, notre personnage principal, et Maxime Tremblay, son ami et collègue, sont en plein kidnapping. Littéralement. Ils ont enlevé une certaine Jeanne que l’on ne connait pas encore et l’ont attaché dans le sous-sol de Raphael. Le reste du roman est un grand retour dans le temps. Qu’est-ce qui a amené les deux hommes à commettre un tel geste de façon si maladroite? C’est une des deux intrigues qui nous tient tout au long du récit.

L’autre, c’est la quête de l’identité de ce fameux contributeur anonyme les finançant dans toutes leurs dépenses. En effet, dès les premières pages du livre, Raphael perd son emploi dans une firme de production de contenu vidéo, car ses productions sont médiocres. Le jour même, il rencontre son ami Maxime dans un restaurant et ce dernier lui confie avoir vu apparaître la somme d’un million de dollars dans son compte Google. Ils sont libres. Libres de faire ce qu’ils veulent, de produire n’importe quel vidéo, mais sous le « regard » de cet être anonyme.

La société québécoise mise en place dans La poudre aux yeux, de son côté, est poussée à l’extrême, à l’anarchie quasi-totale. Les Canadiens sont très près de gagner leur deuxième coupe Stanley et un nouveau référendum est porté au public. Dans une connaissance impressionnante des enjeux sociaux, politiques et culturels, Joesph Elfassi construit un univers légèrement décalé de la réalité, légèrement oppressante, mais dont le réalisme est troublant par moment.

Un gros coup de cœur autant pour le style très personnel de l’auteur et pour la façon déconcertante qu’il a de raconter les choses.

☆☆☆☆
La poudre aux yeux
Joesph Elfassi
Stanké (2017)
175 pages
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Et au pire, on se mariera par Sophie Bienvenu

Les adaptations de romans québécois au grand écran sont plutôt rares, mais toujours appréciées. Récemment, j’ai appris que l’œuvre Et au pire, on se mariera de Sophie Bienvenu serait en cinéma dès le mois prochain. Ma curiosité piquée, La Mèche a eu la gentillesse de m’envoyer une copie de presse à parcourir avant la sortie officielle du film! La jeune Sophie Nélisse qui m’avait tant impressionnée dans son rôle dans La voleuse de livres en tient le rôle principal.

En sachant sommairement qu’il s’agissait d’une histoire d’amour compliquée, je me suis lancée dans cette lecture on ne peut plus différente de ce qu’il m’était dans l’habitude de lire jusque-là.

Aicha a 13 ans et elle vit à Montréal. Ses meilleures amies Mel et Jo font les rues et son confident est un juif propriétaire du dépanneur au coin de la rue. Sans la moindre figure paternelle et avec une mère plus ou moins présente dû à sa carrière d’infirmière, elle se retrouve la plupart du temps laissée à elle-même. Un beau jour, Baz, un bel inconnu, lui porte secours. C’est le coup de foudre, mais Baz est trop vieux. Pas pour Aicha, non, pour la société. Ils se retrouvent donc plusieurs fois à son appartement. Baz est plutôt réticent à l’idée de côtoyer une fille de son âge. Aicha, elle, n’y voit aucun inconvénient. Elle lui met la pression, le harcelle pratiquement. Leur histoire est complexe, vouée à l’échec.

La narration se fait à la première personne du singulier. Aicha semble être en dialogue avec autrui, elle semble répondre à des questions, témoigner. Ce n’est que petit à petit que l’on apprend qu’elle s’entretient en fait avec une travailleuse sociale au sujet de Baz. Mais pourquoi? Car il serait coupable d’un acte terrible, impardonnable. Le problème : Aicha en est la réelle investigatrice.

Parfois à la limite de la vulgarité, je ne pourrais dire que cet ouvrage m’est complètement renversée. J’ai trouvé certaines parties tirées par les cheveux, légèrement improbables. Et au pire, on se mariera donne, quant à moi, une vision bien stéréotypée d’une adolescente dite « dérangée ». De plus, en termes littéraires, l’ensemble aurait pu être un peu plus recherché.

Une lecture divertissante, sans plus.

Et au pire, on se mariera
Sophie Bienvenu
La mèche (2014)
152 pages
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L'auteure


Megan Deslongchamps est étudiante en Langue française et rédaction professionnelle à l'Université Laval et vise une carrière dans le milieu rédactionnel. Blogueuse depuis plusieurs années et véritable passionnée des mots comme des livres, elle est présentement employée dans les Bibliothèques de Québec. Laissez-vous transporter dans son univers littéraire! Bonne visite!

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